Phnom-Penh : S21

A Phnom-Penh, le camp S21 a été mis en place par les Khmers rouges, afin d'y interroger, d'y torturer et d'y tuer les ennemis du régime. Il faut croire qu'ils étaient nombreux, les ennemis du régime. De 1975 à 1978, la clique de Polpot ont massacré dans ce camp et dans l'ensemble du pays, 2 millions de Cambodgiens sur une population d'environ 7 millions. Comble de cynisme, S21 fut établi dans une école, ces établissements n'ayant plus d'utilité puisque le citoyen devait seulement être capable de produire. De produire et d'obéir. Et l'instruction est un obstacle à l'obéissance, c'est un fait avéré.
En entrant au Cambodge, les Vietnamiens ont découvert l'horreur, et photographié chaque cellule dans l'état ou elle se trouvait. Chaque photo est maintenant accrochée au mur des différentes salles, et glace le sang de chaque visiteur dans l'esprit duquel la confusion fait place ensuite à une évidence : on n'est pas en présence d'un coup de folie, comme on aime dire pour se rassurer. Si de tels évènement se produisent une seule fois, c'est un coup folie. Si, en quelques décennies seulement, à travers le monde, en Europe, en ex-URSS, au Rwanda et ailleurs, l'histoire se répète, c'est bien que tuer est une composante essentielle de l'être humain. Tuer en masse, s'entend. Certains diront qu'il s'agit des pulsions de la partie animale du cerveau humain, mais il n'existe pas d'animaux tuant ses bébés en les jetant contre un arbre. Il n'existe aucun animal enterrant dans des charniers plusieurs millions de ses semblables, après leur avoir mis une balle dans la tête. Pourquoi donc appeler cette partie "animale" alors qu'elle est essentiellement humaine ? L'homme est un tueur en série potentiel et il faut faire avec. Mais pour exterminer, l'homme a besoin d'un alibi. Il ne peut pas faire le mal, il doit servir une cause juste, être persuadé du bien fondé de son acte : se défendre d'un soi-disant agresseur, fonder une société meilleure, faire le bien du peuple, se venger, bref, il lui faut absolument une bonne raison qui permettra à la partie intelligente du cerveau de donner son feu vert à la partie imbécile. D'où l'importance, à ce stade, d'une propagande à toute epreuve, doublée d'une repression engendrant la peur et supprimant la contradiction, au cas où certains doutes persisteraient. La mayonnaise peut alors prendre.
Après la visite de S21, toujours la même interrogation : comment faire pour que cela ne se reproduise plus ? Elle est banale cette question, mais restée sans réponse depuis des lustres, et surtout sans effet. La vigilance pourrait être un début de réponse. Si chaque être humain pouvait scruter la vie sociale, et les pouvoirs en place afin d'y déceler d'éventuels prémices alarmants et réagir en conséquences, on pourrait sûrement éviter le pire.

En étant vigilant,
on remarquerait tout de suite si certains pouvoirs actuellement en place manoeuvraient habillement les leviers qui mènent peut-être à S21.
On remarquerait tout de suite si des élus du peuples souhaitaient restreindre l'éducation en la limitant au simple "lire, écrire et compter".
On remarquerait tout de suite si un gouvernement muselait son opposition en règlementant les amendements à l'assemblée nationale.
On remarquerait tout de suite si un ministre de l'éducation nationale tentait de nous faire croire qu'en maternelle, les enseignants ne sont là que pour torcher les bambins.
On remarquerait tout de suite si des dirigeants souhaitaient prendre le contrôle de la propagande en mettant la main sur l'audiovisuel.
On remarquerait tout de suite si un quelconque pouvoir imposait un service minimum afin de briser le droit grève.
En étant vigilant,
on serait choqué par de trop nombreuses dérives policières.
On s'interrogerait forcément sur l'opportunité d'une directive européenne irrespectueuse des étrangers.
On remarquerait tout de suite si, un président prenait comme modèle une administration étrangère capable d'ériger une prison officielle pratiquant la torture et l'humiliation officieuses.
On remarquerait tout de suite si nos dirigeants voulaient nous faire croire que les usagers sont pris en otages par les syndicalistes et qu'il est urgent de légiférer à ce sujet.
On se rendrait compte bien sûr, si les pouvoirs publiques consacraient plus de temps à la communication qu'aux actes.

Et on reconnaîtrait là, les germes de quelquechose qui fait peur. Peut-être une dérive totalitaire préparant le terrain du pire.
Et bien sûr, on réagirait. Et on aurait raison d'en appeler à la désobéissance civile.
A moins qu'on n'ait rien remarqué...

Ce parallèle pourra faire bondir certains, alors, qu'ils bondissent, car on aurait bien besoin en ces temps incertains, d'un sursaut salvateur.

Hervé

Mais qui se souvient de Romain Gary...?!

Voilà une phrase qui devrait plaire à Hervé: << En politique, les idées, il faut les prendre par la main, les toucher, les palper pour voir si c'est vivant, si c'est chaud, ou si c'est des "trucs" >>
(Romain Gary, écrivain, diplomate, "La nuit sera calme", 1973)

Les truquages, on les voit bien, en ce moment! Un vrai festival!

Ph. Drouot

Persiflons, persiflons !

Eric, le but de ce petit article n'était certainement pas d'expliquer S21, mais d'exprimer un simple sentiment. Je n'ai vraiment pas la prétention d'ailleurs d'expliquer quoi que ce soit ni sur S21 ni sur le Cambodge ni sur autre chose. D'autres l'ont fait, et bien fait, tu l'as dit. Notre rencontre avec Raoul Marc Jennar a d'ailleurs été très enrichissante à ce sujet.
Cela étant dit, en lisant ta réaction, je comprends mieux maintenant ton mail à propos des évènements de Bangkok de cette année, ou tu condamnais assez violemment le blocage de l'aéroport par le parti des jaunes. Mais, peut-être, eux aussi, n'avaient-ils plus que le choix de la désobéissance civile...
Concernant le facteur, personnellement je n'ai pas de nouvelles. ;-)
Plus sérieusement, c'est marrant, comme les gens de droite, quand on tape un peu sur leurs idoles, vous renvoient tout de suite au communisme, aux millions de morts de l'ex-URSS, au stalinisme, etc... Le même phénomène se produisait, il y a quelques années, quand on dénonçait le front national. Dans un sens, c'est logique, dans la mesure où la droite actuelle a englobé le FN, que les mêmes causes produisent les mêmes effets. A part ça, j'aime bien les facteurs, parce qu'ils m'apportent mon courrier et qu'ils font vivre un service publique. Mais je n'ai ma carte a aucun parti.
Mais peut-être as-tu quitté la France depuis trop longtemps, pour sentir ce qui s'y passe en ce moment.
Concernant les persifflages, n'aie crainte, sa majesté Nicolas de Neuilly n'a pas besoin de moi pour perdre de sa crédibilité. Il se débrouille très bien tout seul, enchaîne bourde sur bourde avec élégance, dévale à grande enjambées la pente de la popularité et c'est tant mieux. Allez, une de ses dernières blagues, juste pour rire : aller insulter les Québécois chez eux, en leur expliquant qu'ils se replient sur eux-même. Pas mal, non? Un peu comme si, ne comprenant rien à ce qui se passe, cet homme cherchait à marquer son temps par des coups d'éclat. Après "l'anti-68", voici "l'anti-Québec libre". Seulement voilà, on n'entre pas dans l'histoire avec des coups de pub, mais avec des idées et une certaine envergure.
Allez, on lui souhaite juste une retraite anticipée, le plus tôt serait le mieux, et pourquoi pas avec son mentor menteur, au Texas.
Et toutes nos excuses aux Québécois, on vous promet, on va essayer de le tenir, mais il n'arrête pas de gesticuler.
En ce qui nous concerne, on poursuit notre petit bonhomme de chemin, on va continuer à s'excuser auprès des étrangers qu'on rencontre de n'avoir pas mieux à proposer pour nous représenter, et sans doute, hélas, on va persifler, et persifler encore.
C'était Hervé, en direct de Luang Prabang, une ville à éviter désormais, et où, grâce à l'UNESCO le béton pousse partout, les prix montent, les pauvres quittent le centre ville, les touristes sont pris pour des planches à billets (mais ça, c'est de leur faute, car ils ne cherchent pas à connaître les prix normaux du pays), les sourires ont disparu, et les premières Rolex font leur apparition...

On se calme...!

Pas mal, pas mal!
Les portraits, les visages des gens en plans rapprochés , la fatigue qui s'insinue doucement, la peur du bruit et de la "termitière" humaine que redoutait tant Saint Exupéry...Tout y est.
Très beau texte d'Hervé sur la nature Humaine...qui glace le sang.
Il souligne aussi l'impermanence des choses et les bénéfices incontestables de la vigilance, en ces temps de déconfiture...
"Travaillez, prenez de la peine, c'est le fonds qui manque le moins", aurait dit La Fontaine, mais n'oubliez pas de reposer vos yeux et vos esprits.

Grosses bises d'un tout jeune quincagénaire.
Philippe

PS: Eric engage la polémique...
Question: Coupes sombres dans l'éducation: économie? ou idéologie?

Oublié de signer mon

Oublié de signer mon précédent commentaire. Je m'appelle Eric, Champassak lors de votre précédent voyage.
De toutes façons c'est probablement la dernière fois que je lis votre blog. Ce persiflage anti-présidentiel systématique est exaspérant.Si c'est tout ce que vous avez à dire sur S21 il valait mieux parler d'autrechose ou aller ailleurs. De toutes façons le sujet a souvent été traité -et bien.

On demanderait aussi des

On demanderait aussi des comptes au facteur Olivier dont l'organisation politique (peu importe qu'il vienne de la relooker) louait à l'époque les Khmers rouges dont certes le délégué siègeait à l'ONU.
On remarquerait que ces gens-là ne se livre pas à l'auto-critique.
On se fatiguerait enfin de faire des procès uniquement à charge parce que ça aussi c'était les méthodes des sbires de Pol Pot....

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