Une Inde, dernière histoire avant...

De l'Inde, on avait peur. Peur qu'elle nous fasse souffrir, qu'elle abuse de notre usure après une année sur le continent asiatique. On ne veut pas se laisser faire, on veut aimer ce pays fascinant, on suppose que le Népal était un bon prélude, on est prêts. Cette peur, on ne l'a pas prise trop au sérieux : on les connait ces frayeurs prématurées qui s'émiettent au contact du réel. Avant, on a peur d'avoir peur. Après...

L'inconscient avait manigancé ses coups en douce et fait en sorte qu'on s'attarde ici ou là, pendant que le temps prend de l'avance. Alors, sans qu'on ne le décide, les choses changent, l'impermanence des intentions fait son chemin. On bifurque, on s'arrête, on saute des étapes...  En fait on s'adapte. Ce doit être l'influence du bouddhisme, fondé sur l'impermanence de toute chose. Il ne reste que trois semaines avant de repasser par la France. Il va falloir choisir entre le Ladakh au nord-ouest et le Sikkim au nord-est, les deux régions qu'on voulait découvrir. Ce sera le Sikkim, parce que c'est moins fréquenté et tout aussi près de l'Hymalaya. Quitter l'Inde sans être allé au Ladakh nous brise le coeur.


C'est parti pour l'ouest du Sikkim.
Darjeeling (qui n'est pas encore dans le Sikkim mais dans l'Ouest-Bengale), Pelling, Kechopari, Geizing, Yoksum et retour à Darjeeling. Tout petit périple dans un tout petit coin de la grande Inde. Micro-voyage dans cette partie très paisible, pas forcément représentative du pays. Une importante proportion de la population est bouddhiste. Trois ethnies principales la composent (Lepchas et Buthias d'ascendance tibétaine, et Népalais). Des réfugiés tibétains vivent dans un centre d'accueil a Darjeeling. On a passé du temps auprès des femmes qui filent, tissent la laine dans les ateliers. Partout, l'atmosphère est très amicale. Passé Darjeeling, la vie est essentiellement rurale et montagnarde. Les hautes collines sont très escarpées et il faut se déplacer en jeep. Le hic, c'est que pour aller vers le nord du Sikkim, là où les altitudes dépassent 4000 mètres, c'est très compliqué. Permis, guide obligatoire, zones sensibles à cause de la proximité de la frontière chinoise. Alors, on navigue dans une zone située à 2000 mètres environ. Fraîche, couverte de forêts géantes, de monastères perchés, de rivières et de chutes d'eau, c'est l'occasion de faire de belles randonnées de moyenne montagne.



Le temps est dégagé très souvent, et on peut voir le plus haut sommet indien (et le troisième de l'Himalaya) : le kangchenjunga, plus de 8500 mètres. Superbe, mais on serait bien allés un peu plus près!

On prend le temps, en restant plusieurs jours dans chacun des villages, de cotoyer ces gens adorables, disponibles. Beaucoup pratiquent l'anglais, y compris les tout petits bambins. Quand on croise des écoliers, ils nous font la conversation de manière stupéfiante. Dans les hameaux perdus, ils sont très agiles et débrouillards. Les chemins escarpés ne font peur à personne, les gens connaissent parfaitement les sentiers de forêt et ils avalent les kilomètres et les denivelés comme on respire.


A Pelling, deux très vieux monastères bouddhistes nous retiennent quelque temps. Fresques, objets anciens tibétains comme on n'en a jamais vus. Mais on ne peut photographier l'intérieur des temples.

A Kechopari, logés dans une famille au sommet d'une crète, on a du disparaître des radars, enfouis dans un hameau étonnant. On y parvient qu'à pieds, on entre dans le domaine de Pala, vieil homme de 83 ans, drôle et fascinant.


Il médite chaque jour, fait du yoga dans la salle de méditation du village, et nous fait une cuisine régénérante. Il a été le cuisinier du Dalaï Lama. Ici, peu de choses viennent de l'extérieur, on a un bel exemple d'autosuffisance. Jardins, animaux, eau de la montagne, bois des alentours pour le feu et les maisons.


Notre coup de coeur s'appelle Yoksum, première capitale du Sikkim. Rien ne donne envie de quitter ce gros village ou tout est simple et naturel. On retrouve les yaks et les mules qui accompagnent les hommes. Ces hommes qui ne nous semblent pas toujours très tendres avec leurs animaux de bâts. Nous, on ne se lasse pas d'observer leurs allées et venues. Les lacs sacrés, nombreux, ponctuent la route des pélerins et la nôtre. Au fond, nous sommes tous des pélerins en marche vers plus loin, plus haut. Les lacs qu'on a vus, drapés de prières, dans les creux du paysage, nous ont offert, en plus des lumières de l'aube, une version silencieuse de la puissance des lieux. Un incroyable silence recouvre toujours les eaux.

 


Une Inde bucolique, des gens qui vont bien...


Il se trouve qu'on tombe encore en pleine période de fête hindou : Dewali. C'est l'équivalent de Dashain au Népal. A nouveau, les temples, les rues, les maisons se couvrent de guirlandes d'oeillets d'Inde (mais oui, on est au pays des oeillets! Y'en a partout) et de petites lampes à huiles.
 



Les moulins à prières et les clochettes des temples, les bâtons d'encens et les drapeaux tibétains ne s'arrêtent plus d'emplir l'air d'une musique odorante. Ici, on n'a pas entendu parler de sacrifices d'animaux, mais ce sont les oreilles qui souffrent à cause des explosions de pétards qui déchirent le calme. On sursaute. A chaque fois.


Retour a Darjeeling quelques jours avant la date fatidique du 25 octobre.

C'est le dernier article de ce blog pour la période asiastique.

... AVANT LES LARMES... Celles du retour, après une année d'une autre vie. Celles qui naissent de l'appréhension de finir. On ne sait pas finir. On ne veut pas. A moins de considérer la fin comme un prochain commencement, ce qu'elle est. On doit sûrement être en quête de soleils d'automne, de tempêtes hivernales. On ne le sait pas, mais c'est sûr, tant de choses ont du nous manquer.

On a aimé ce pays dans le pays. Une région active au sujet de l'environnement, respectueuse des minorités. Ici, contrairement aux pays voisins, pas un seul sac plastique n'est utilisé (presque) dans les commerces. On emballe dans du papier journal ou du papier recyclé. On aurait pu penser que ces habitudes étaient celles d'antan. Mais non. Ce sont celles d'après. D'après le déferlement du plastique. C'est donc possible de décider de changer ses pratiques. C'est aussi possible de compter une majorité de végétariens, de ne voir dans les villes (certes petites) aucun supermarché. Beaucoup de cultures, notamment le thé, sont biologiques. Tout ça se remarque. Les indiens nous semblent être un peuple qui sait rester lui-même, qui n'a pas tourné le dos à ses pratiques ancestrales, à sa culture ayurvédique, considérant le corps et l'esprit comme une seule et même entité. Un peuple qui sait se protéger, en sélectionnant les éléments de la vie contemporaine qui s'intègrent à son monde, et non l'inverse.

Pour finir, une tranquillité croquante,


une détermination veloutée...

A bientôt, le temps de zigzaguer encore un peu en France avant de se poser dans un endroit que l'on ne connaît pas encore.

Fin du périple

Bonjour,
Ce petit mail vous trouvera sur le chemin du retour (ou déjà en France), retour à la vie "normale", mais aussi retour vers la famille, les amis, le "connu" ... Cette fin (provisoire) ne doit pas être évidente, après tous ces paysages, ces gens accueillants, cette vie simple et à l'écart de la foule et des grandes agglomérations.
Ce sera un vrai plaisir de vous voir si vous passez par les Vosges.
En attendant, je vous envoie pleins de poutous

Kalou

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