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Mae Hong Son, grand Nord thaïlandais

Fini la torride capitale depuis que nous avons établi notre nouveau camp de base dans les montagnes. Ici, pas de pics enneigés, mais une douce fraîcheur, de belles forêts de teck et de jungle. Et voilà, on s'y éternise. Plus le voyage avance, plus les étapes sont longues. On a appris que lorsqu'on est bien quelquepart, il ne faut surtout pas viser mieux, c'est risqué. On passe fatalement à côté d'autres trésors, mais, comme on ne le sait pas, ils ne nous manquent pas. On en tient un, on le garde un peu.
Alors là, on s'immerge, jusqu'à faire presque partie des habitants, avec des voisins de quartier, des vendeurs du marché qui connaissent nos préférences. Les marchés où les gens des montagnes viennent vendre ou acheter tout ce qu'il est possible d'échanger, tôt le matin, permettent de continuer les rêves. Ce n'est ni la nuit ni le jour, c'est une histoire qui se raconte en un langage étrange. Une cérémonie bien huilée, un défilé de gestes où les chapeaux, bonnets, coiffes et vêtements ont la parole.

On élargit nos balades à pied dans les environs avec un vélo, une moto, et on peut sortir de la vallée pour zigzaguer dans les montagnes, traverser des villages, toujours accueillants. Ici, la population est un patchwork de différentes ethnies, pour la plupart d'origine birmane. On retrouve cette attitude douce et ouverte qui les caractérise. Les sourires sont profonds, y compris chez ceux qui vivent de leur artisanat dont on peut s'approcher, demander des explications ou regarder en détails leur production. C'est non seulement très beau, robuste, mais surtout particulièrement ingénieux. Les objets peuvent avoir de multiples fonctions, se transforment si on connaît l'astuce. Textile, bambou, sésame, bois de teck, de manguier, de jackfruit... comme matériaux de base. Vêtements, sacs et sacoches, objets du quotidien, spécialités gourmandes, produits de santé... Les étals de rue sont pleins d'embuscades autour des Karens, des Lisu, des Shan. Les Thaïs se pressent autour des stands! Ici, les villageois sont encouragés à perpétuer leur savoir-faire artisanal. Ce n'est évidemment pas le cas pour toutes les ethnies. Les Hmongs du Laos, réfugiés jusqu'alors en Thailande, en savent quelque-chose... Ils viennent d'être expulsés manu militari. Toutes les minorités ne se valent pas et n'ont pas la chance d'être choyées par la Reine de Thaïlande comme ici.


Nous logeons près d'un beau temple et d'une école maternelle. Des petits mondes actifs, chacun dans son genre. Une maison tranquille avec son beau jardin tropical : une autre occasion, après Lovina à Bali, de se plonger dans la végétation vibrante... On vous ramènera quelques étrangetés plus tard. Encore plus près...

Le peuple orange, comme une ville dans la ville, réveille les monastères disséminés dans la ville et les collines. Les temples, presque tous de style birman ne peuvent pas vous laisser passer sans déployer on ne sait quelle force d'attraction pour vous y faire entrer. Une architecture ciselée, une statuaire débridée, une atmosphère très relax en apparence, voire farceuse. Nos pas endormis nous y conduisent parfois aux aurores. C'est alors le moment des découvertes de l'envers du décor. Beaucoup de dévotion, de scènes d'offrandes, permanentes autant qu'imperturbables. Ca grouille de calme comme dans un mime de tintamare. les images s'emballent, le son se repose.


Mae Hong "Song", chant de brumes matinales, nous retient encore un peu. Surtout lorsqu'on apprend que les vacances des Thaïs ont pour conséquences de remplir tous les hôtels. On va laisser passer le 31 décembre avant de poursuivre notre route, toujours vers le nord. Un couple de chanteurs s'installe chaque soir près du lac, met en musique cette atmosphère. On s'arrête souvent pour les écouter. Ils composent paroles et musique, produisent leur CD et les vendent sur les marchés. Ils exercent un pouvoir d'attraction terrible, il y a toujours un groupe de personnes figé devant eux. Ce sera pour nous le souvenir mélodique de Mae Hong son, face piment, pile coco.

Ce soir, c'est réveillon. Que nous réservent les Thaïs en goguette sous la pleine lune? Et demain matin, à 6h00, on prend un bus, à l'heure où il sera minuit en France.
Allez, on trinque à votre santé avec un bon lait de soja chaud au sésame ou au gingembre... et on se couche tôt, si on arrive à oublier les karaokés endiablés des asiatiques, totalement dissonnants, discordants, hurlants et surtout trébuchants!!! Ils ne connaissent pas tous le mime par ici.

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