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Thaïlande, Nord du Nord

La région est majoritairement montagneuse, peuplée de beaucoup de minorités, la vie y est plutôt paisible. Les tenues et accessoires sont colorés, les visages typés, l'accueil toujours amical. On rayonne donc volontairement dans une zone limitée (à vol d'oiseau, mais on n'est pas des oiseaux!) pour rester auprès de ces mondes étonnants, toujours différents d'un lieu à l'autre. On a un faible pour les femmes Akkas, celles qui vendent leurs bijoux et tissages aux quelques touristes. Leur malice n'a pas de limite, et leur manière de vous convaincre d'acheter quelque chose est d'une grande classe. Celle de leur tempérament : un jeu permanent. Elles font le pitre, passent du rire à l'effondrement, petite voix câline, mimiques impossibles. Elles ont l'art de ne pas vous piéger, de ne pas vous donner envie de vite en finir. Non, elles s'amusent, comme si elles voulaient vous toucher, en signifiant qu'au fond, c'est le moment qui compte plus que la vente. Quoique... Elles savent commercer en douceur et leur savoir faire est leur porte-parole. Il suffit de regarder leurs travaux pour se rendre compte de leur adresse, de la qualité des matériaux, de la beauté du résultat. Elles sont infernales et désarmantes. Les plus agées, les dents rouges de bétel, toutes petites, sont des lutins qui surgissent des sentiers. On entend d'abord tinter leurs bijoux et grelots, femmes clochettes, et, tout d'un coup, elles sont là. Les sacrées! On n'a pas pu résister à toutes, surtout celles de Thaton.

A Lampang, un petit pélerinage au centre de conservation des éléphants nous ramène quatre ans auparavant, avec un brin de déception comme c'est souvent le cas la deuxième fois. Mais, un évènement incroyable nous rend euphoriques : on vient de retrouver Steven par hasard, cet ami rencontré il y a quatre ans à Pai (Nord Thaïlande aussi), qui nous avait tant marqué et qu'on avait dû quitter trop vite. Il vient des montagnes du Vermont, aux USA. Un américain très loin des caricatures, discret, généreux, sobre et profondément humaniste. Retrouvailles! On l'embarque chez les éléphants. Deux jours ensemble et il faut déjà se dire au revoir. La rivière Wang, à Lampang, continue sa route aussi. Nous sommes comme elle, des flux qui allons. Flux qui se frôlent, s'additionnent, changent en un instant de cap, s'immobilisent, puis reprennent une direction qui a quelque peu dérivé. Nos rencontres recomposent notre chemin, pas tout-à-fait semblable à celui imaginé avant. On sait seulement d'où l'on part. Moins on en sait avant, plus on se sent libre comme l'eau. On vogue et tout peut nous arrêter.

Après un court passage à Chiang Mai, on fait une assez longue halte à Chiang Dao, en pays Lisu. Ce sont des gens plus timides que les Akkas, il faut aller vers eux. On y va, on est toujours bien accueillis. Le grand marché hebdomadaire vide les villages alentours, tout le monde est là, chacun vend sa production au milieu des éternels produits chinois.






Là non plus, les touristes ne s'attardent pas. Les bus passent en journée, font une halte au bord du lac, repartent. La ville est populaire, sympathique, mais vraiment trop grosse pour nos petites jambes, ou nos petites roues.




Un petit échantillon de couvre-chefs de femmes qui passe de la serviette éponge, au bonnet, au chapeau et peut aller jusqu'à des coiffes d'art, brodées de matériaux précieux. Il y a un chapeau pour tout.

Dans tout le nord du pays on fabrique beaucoup d'objets de la vie quotidienne. Chacune des ethnies a ses talents, ses méthodes, ses matériaux. Ici, le bambou est roi. Maison, mobilier, outils, ustensiles de cuisine... Débité finement en lamelles, on en fait une variété infinie de paniers. Comme les chapeaux, il y a un panier pour tout. Porter, tamiser, faire sécher, piéger, pêcher, manger, ranger. Ils servent aussi à mettre des oiseaux en cage... La vie entière entre dans les paniers. Après, il faut pouvoir les porter, ils peuvent être très lourds.

Le peuple des montagne tisse, tresse, coud, brode, fabrique. Chaque jour la vie se tricote du bout des doigts. Des mains dansantes racontent les usages des hommes : paniers à riz, hottes, nattes, filets, nasses, pots, boîtes, vêtements, sacs, chapeaux, bijoux... Il y a encore des peuples capables d'une impressionnante autosuffisance. Chaque objet est fabriqué selon des règles précises, pour une fonction spécifique dont beaucoup demeurent mystérieuses à nos yeux. Les motifs décoratifs ont tous une histoire séculaire, symboles profanes ou religieux. Nous ne voyons que la beauté. Avec les souvenirs on emporte des questions.
Deux mois en Thaïlande et beaucoup de visages croisés. Celui des femmes plus souvent. Les vieilles dames d'Asie sont intriguées, amusées par notre présence. Que pensent-elles quand elles nous voient? Et quand elles ne nous regardent pas?
Mainteant, on va se diriger vers la frontière nord pour rejoindre le Laos. Le Mékong nous a devancé, il y est déjà. Là aussi on va prendre le temps de découvrir le grand nord du pays qu'on connait assez peu avant de retrouver les trompes et barissements. Rendez-vous dans un mois.

Sur la route…
Bonjour, petit message pour vous dire qu'on continue à suivre vos aventures à travers le site. Pour notre part, nous serons à Portbail pour les vacances de février. Pour l'heure, bourrasques de neige sur Paris, l'hiver n'en finit pas ;-)
A bientôt pour l suite de votre route…
Eric
Bonjour,C'est difficile
Bonjour,
C'est difficile d'envoyer un mot comme ça, sans savoir si et où il va vous trouver, vous êtes si loin! votre lettre de Thailande m'a émerveillée, je garde la lecture de vos envois pour des moments comme ça, un matin tranquille, où je peux rêver un peu. Je suis contente de vous savoir dans ces lieux sereins, où vous pouvez souffler et faire de belles rencontres. J'espère que le Laos tient ses promesses. Prenez votre temps, je voulais juste vous faire savoir que je vous lis et pense à vous,
Marie-Pierre Yquel
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