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Retour de Viengkeo-Hongsa, le pays des mahouts

Un recoin de monde. Un derrière le miroir. Entre brumes et poussière, les chemins sont lourds d'empreintes énormes. Petits poucets, on suit les bouses géantes et on arrive dans le monde des trompes. Lorsqu'on est à l'intérieur, il devient naturel, évident. Dès qu'on en sort, on se demande comment tout cela est possible, l'étrangeté de la situation reprend le dessus, on ne se croit plus soi-même, on se soupçonne de se raconter des balivernes, on se menace de se dénoncer si ça continue. Ca continue, et on ne dénonce personne, tout est vrai, cet endroit existe. Extraordinaire, comme ces lieux centrés sur une ancienne culture qui perdure. Quand cette culture est tournée vers le lien entre l'homme et l'animal, quand cet animal est l'éléphant, rien n'est plus aux dimensions habituelles. Les gestes, les regards, les mots, les actes viennent du monde des infrabasses.
Les voir traverser le village, se faufiler dans les chemins tortueux, deviner leur silhouette dans la brume lorsqu'ils traversent la plaine et les champs. Se demander si c'est un éléphant ou un gros buffle, entendre leur plainte grave vibrer et pétrifier tout autour lorsque le vétérinaire pique, les voir croquer une énorme pastèque ou engloutir troncs de bananier... Non, sans rire, ça fait un choc. Même la deuxième fois.

Bien sûr il y a l'ambiance festival, le village a un côté fête foraine version asiatique : maison de bambou aménagées en restaurants de plein air, étals d'artisanat des ethnies locales, espaces réservés aux démonstrations des éléphants au travail, piscine creusée dans la rivière pour leur bain, rue principale réservée aux déambulations éléphantesques et cortèges des villageois du secteur, et, hélas, décibels sans limite, car en Asie, plus il y a de vacarme, plus on est heureux. C'est la fête.
Derrière la fête, on voit le vrai village, celui qui vit au rythme des éléphants. Ici, on est mahout de père en fils, c'est naturel.
Au petit matin, certains sont dans les jardins des maisons et on les y prépare pour les parades : guirlandes végétales, bracelets tissés et brodés pour les pattes, foulards pour le front... Le siège du mahout semble un siège royal des temps anciens, et le mahout lui-même est beau comme un prince. Toute la famille contribue à l'élégance ample des deux héros du jour. Puis, plus de quarante éléphants, convergent vers le lieu de rassemblement, au milieu d'une forêt de bambous avant que ne commence le défilé d'ouverture du festival. La traversée du village est mitonnée de longue date. Dernières répétitions. Chaque hameau a ses spécificités, il est représenté par un cortège d'hommes, de femmes ou d'enfants. Costume traditionnel, chants, musique, des yeux brillants, des sourires. Ca pourrait être banal. Mais au Laos, dans cette province reculée, mal desservie, cet évènement est inoui. Les regards, les expressions des visages en disent long. Une émotion très digne s'élève, une humble fierté, une gaîté enfantine naturelle. Les éléphants ferment le cortège, ils avancent, les trompes fouinent, balancements et déhanchements font tanguer les ombrelles.
Les femmes sont splendides, celles qui défilent, celles qui regardent. Toutes. Beaucoup d'entre elles sont femmes de mahout, elles portent la tragédie en elles. C'est un métier à risque. Femme de mahout, femme de marin. Drames et deuils, destins des tempêtes. Il faut la force, il faut la confiance.
On sent le professionalisme, l'aisance attentive des mahouts, la puissance des liens. Les regarder. Les écouter. Ils parlent éléphant couramment.
Sans raconter tous les détails, vu que vous avez déjà eu droit à la version 2009 de Sayaburi, on vous propose un voyage en images (voir "En images et en sons"). On n'a que peu de mots à notre disposition pour transmettre cette atmosphère envoûtante. On garde Hongsa en nous, les visages émerveillés du pays des éléphants.
Il ne faudrait pas pour autant oublier les dindons colériques du Laos. Sont jaloux, personne ne les regarde !

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