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Printemps indien
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Si vous avez déjà quitté le Laos, vous savez.
Vous savez combien ce pays ne veut jamais vous laisser partir. On tourne un talon, on tord le cou pour glaner encore quelque regard, on se resigne à tourner le deuxième talon, mais pas le cou. Un pays vous regarde intensément le quitter, bras ouverts. Les images tremblent. Jusqu'au dernier moment il vous donne des petits paquets à emporter. Dedans, vos meilleurs moments, et, pire, les espoirs que vous n'avez pas pu essayer. Non content, il efface vos colères et amertumes. Il vous coupe le sifflet si vous aviez quelque reproche à oser et ravive la question obsédante : pourquoi faut-il encore et toujours quitter le Laos?
On ne sait plus si on idéalise, si on invente, si on recontruit un pays au moment de s'en aller parce qu'il sait trop bien vous empêcher de partir léger. Vous saviez?
Vous savez combien ce pays ne veut jamais vous laisser partir. On tourne un talon, on tord le cou pour glaner encore quelque regard, on se resigne à tourner le deuxième talon, mais pas le cou. Un pays vous regarde intensément le quitter, bras ouverts. Les images tremblent. Jusqu'au dernier moment il vous donne des petits paquets à emporter. Dedans, vos meilleurs moments, et, pire, les espoirs que vous n'avez pas pu essayer. Non content, il efface vos colères et amertumes. Il vous coupe le sifflet si vous aviez quelque reproche à oser et ravive la question obsédante : pourquoi faut-il encore et toujours quitter le Laos?
On ne sait plus si on idéalise, si on invente, si on recontruit un pays au moment de s'en aller parce qu'il sait trop bien vous empêcher de partir léger. Vous saviez?

Eh là!, il faut y aller maintenant, la suite de l'histoire se passe en Inde, si ça continue, on va rater le début.
Pendant quelques jours on vascille entre deux mondes, on arrive doucement en Inde. On transforme Delhi en trait d'union vers Rishikesh, là où le temps est clément. On va suivre la fraîcheur et monter progressivement vers le nord, le plus possible.

Rishikesh, l'illuminée, est une petite ville mondialement connue, il s'y déroule chaque année un festival international de Yoga. C'est ici même que les Beatles sont venus faire des retraites en ashram à une autre époque. Depuis, l'ashram de leur maître de méditation transcendantale, Mahareshi Maesh Yogi, est quelque peu désaffecté, mais il y en a beaucoup d'autres pour accueillir les nombreux candidats au yoga, à la méditation, à la médecine et aux massages ayurvédiques. Par le plus grand des hasards notre semaine dans cette région coïncide exactement avec les dates du festival. Lorsqu'on s'en rend compte, il est trop tard, on y est.

On est au milieu d'un peuple étonnant de sadhus, de yogis, de pélerins, d'occidentaux transformés en hindous... Fichtre, encore une fois, on dénote un peu. Mais, cela va sans dire, l'ambiance est très cool, et les cérémonies du soir au bord du Gange ont quelque chose d'envoûtant.

Le peuple vient ici en pélerinage faire des offrandes à Ganga, le fleuve sacré. C'est un flux d'images et de sons permanents, surtout lorsque la fin du jour s'embrase.

Inlassablement, les Hindous vénèrent leurs dieux. Ils semblent toujours en marche vers leurs dévotions, chacun puisant l'eau du Gange pour l'offrir aux divinités. Ils prennent le temps de sourire, s'arrêtent pour discuter un moment, nous étonnent souvent dans leurs comportements hors normes et si naturels. Voiles et saris, turbans et châles teintent l'ambiance générale de leurs couleurs flottantes. Les sadhus pourraient être un peu collants par moment, mais presque toujours avec de grands grands sourires amicaux. Il y a parait-il, de faux sadhus...

Ceux qui ne regardent personne, ne parlent pas aux inconnus, ce sont ceux qui, malgré les turbans et autres tenues locales, ont gardé leur peau pâle et leurs yeux dans le vague lointain. Ils doivent rechercher leur moi-même perdu et ça n'a pas l'air facile à trouver. Ils pensent peut-être que le costume et les postures vont les aider... Non, on ne se moque pas. Ils ont l'air d'y croire, s'agenouillent devant le Gange, prient Shiva dans la position du lotus sur un rocher, chantent des mantras avec la foule menée par le gourou du moment. Non non, on ne se moque pas.

On espère, le dernier jour du festival venu, avoir droit à une démonstration de postures yogis, qui sait, les meilleurs atteignent peut-être des performances exeptionnelles? On se dit qu'on va peut-être les voir se contorsionner jusqu'à mettre leur tête dans le Nirvana? Ils semblent tellement avoir oublié leur tête ailleurs qu'on espère découvrir où. On vous dit qu'on ne se moque pas, il y très certainement de véritables passionnés de yoga et de vrais maîtres, plus discrets.
Nous aussi on fait nos pélerinages quotidiens. Nos contorsions de tête visent la canopée.

Ce n'est pas toujours vers Shiva, Vishnu, Parvati, Hanuman... qu'on marche même si on chemine souvent vers les temples disséminés un peu partout, mais vers la faune de cette région de forêts bien vivantes.

On n'aurait pas osé imaginer une telle exubérance d'oiseaux magnifiques. Ni des singes Langours aussi fascinants. On est aux anges, chaque jour on découvre de nouvelles espèces, chaque jour, de nouveaux dieux des branches.
Ici, on est végétarien, presqu'exclusivement. Ceci explique cela. La faune vit en paix, la forêt est gorgée de vie, de sons, de scènes en tout genre, touchantes ou rocambolesques. Les hommes et les animaux cohabitent, ils se rencontrent partout, naturellement, partagent quelques commodités comme les points d'eau le long des chemins. Les langurs sont appréciés, nourris à l'occasion. Ils sont pacifiques et savent bien se faire accepter. C'est vrai que leur comportement est sidérant d'humanité.

En revanche, les macaques ont mauvaise réputation et sont plutôt rejetés. Du coup, ils déploient des trésors d'imagination pour chaparder, s'introduire ici ou là et se montrer plus téméraires, jusqu'à faire un peu peur. Entre langurs et macaques, ce n'est pas toujours amical. On s'intimide, on se provoque, on se fuit. Hanuman, le dieu singe hindou est peut-être un langur. Les hommes ont réussi à créer des castes chez les singes, il y a ceux qu'on respecte, ceux qu'on méprise. Ceux qu'on méprise finissent donc par devenir méprisables, justifiant davantage l'ostracisme. Les causes et conséquences.

On quitte finalement cette belle vallée du Gange pour les premières montagnes hymalayennes, pour Dharamsala la tibétaine. Depuis le temps qu'on n'y va pas!!!

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