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Villages de Montagnes de l'Himachal Pradesh Manali - Kalpa - Sangla - Chitkul
dans

Et nous avons aussi quitté Dharamsala.
Une ample vague dans l'âme, une petite pluie sur nos silences. C'est fini, mais on s'en va avec une nostalgie heureuse, un plein de dévoilements à retardement.
Six heures du matin, un bus nous emporte vers Manali. Sur la place centrale, Lhamo Tso est déjà là qui vend ses petits pains. Au revoir.
On change de vallée. Une longue route part vers le sud puis bifurque vers le nord : il faut contourner la chaîne du Dhauladhar. Manali, dans la vallée de Kullu est à peu près à la même latitude et à la même altitude que Dharamsala, plus proche des blancs sommets.

On s'installe dans la partie ancienne du village, en hauteur, au dessus de la rivière Beas. On se retrouve dans une ambiance de village de montagne bien tranquille, au milieu des vergers, des champs, des forêts de pins et de cèdres. Des hameaux, très beaux, s'accrochent aux flancs des montagnes.

Ici, on travaille la terre sans engin ni machine. On accompagne les bêtes dans les montagnes. On transporte tout à dos d'homme. On tisse et coud ses vêtements. Grands châles de laine, "patou" magnifiques pour les femmes (immense pièce de laine tissée, lourde et chaude, qu'elles ajustent sur elles de manière mystérieuse). Voir ces gens vivre est une succession d'images d'autrefois infiltrées paisiblement de modernisme. On est dans un temps qui contient le passé et l'avenir, un présent plein.

La petite ville en contrebas, sur les bords de la rivière est nettement plus turbulente. Un chemin relie les deux mondes, à travers une impressionnante forêt de cèdres. D'un côté la vie paysanne et bergère, de l'autre la ville grouillante. Dans la forêt silencieuse, on est dans un conte. Surtout le soir des écureuils volants qui s'élancent d'arbre en arbre planant et virant avec précision. Ils nous parleraient qu'on ne serait pas plus surpris. Hélas, pas d'image possible.


Aux alentours de Manali, des randonnées grimpantes vers les neiges éternelles nous retiennent un certain temps. On atteind des plaines d'altitude, des villages retirés. Mais il sera impossible de franchir le col du Rothang, celui qui mène au Laddakh. La route n'ouvre que plus tard. Les températures au Laddakh sont encore très froides. On doit renoncer une deuxième fois. Ca c'est pour ceux qui ont suivi les méandres et démêlandres.

Alors, on décide de contourner l'obstacle en prenant la direction du Kinnaur. Par là, une route qui passe plus au sud permet de relier le Spiti, puis le Laddakh quand les cols sont ouverts. On ne sait jamais. Mais ce n'est pas le cas en avril, on le sait mais on ne veut pas s'éloigner. On n'y arrive pas. Au Kinnaur déjà, les montagnes sont plus élevées. La chaîne du Kailash dépasse les 6000 mètres.

On fait étape à Rekong Peo, sur les rives de la rivière Sutlej.
Il est là mais on ne le voit pas encore. On le sait tout près mais il fait nuit noire quand on trouve une chambre... avec vue. Le matin on n'en croit pas nos yeux, le Kailash est là devant, tout près, royal. Mais on peut encore s'en rapprocher. C'est donc à Kalpa qu'on s'installe. Un village perché à 3000 mètres. Le cadre est spectaculaire. On est réellement au coeur des vraies grandes montagnes. On retrouve l'atmophère villageoise chaleureuse, la vie montagnarde simple et active. On ne reste pas dans les villes, on ne se sent toujours pas mieux auprès des indiens citadins. Ils continuent à nous désarçonner, très communiquants ou complètement froids et désagréables. On apprend par la suite à interpréter leurs réactions en discutant avec des occidentaux familiers de l'Inde. Pour certains, on ne serait pas vraiment des êtres humains comme eux, des extra-terrestres qu'on fixe sans retenue, sans un mot.

Ce village est connu pour ses vergers, sa position exeptionnelle face aux montagnes sacrées, ses temples bouddhistes et hindous dans les alentours.

Là aussi on peut grimper en défiant des sentiers abrupts, au delà de 4000 mètres. Là encore, on peut se concocter de belles courbatures. Les descentes sont aussi terribles que les montées. Pire. Les cuisses chauffent, cuisent, brûlent. Le reste tire, pèse, torse et tendine mais le spectacle est grandiose. Il faut se méfier du soleil, ami des plaines, traître des montagnes. On en redemande, on alterne les promenades tranquilles dans les hameaux du coin et les ascensions plus sportives. Pour surplomber l'infini de la chaîne himalayenne, il nous faut s'élever d'au minimum 1000 mètres.

Les femmes kinnauri, enveloppées dans leurs lainages aux couleurs locales sont ici aussi splendides.


ELLES nous auront fascinés tout au long de ce voyage, tellement plus spontanées et abordables que l'autre moitié de l'humanité. Ce sont toujours les premières à sourires, à parler, à écouter. Parfois ce sont les seules. Elles tissent leur vie, jour après jour. C'est leur grand talent dans ces montagnes. Femmes filantes. Elles connaissent leur textile par coeur, point à la ligne. Sur le bout des doigts elles racontent leur texte, sur la pointe des pieds elles filent en douce. Magnifique. Une histoire longue et chaude les couvre de secrets. Leur bonne humeur, leurs éclats de rire permettent de les approcher simplement. On se sent sous leur protection, elles veillent discrètement, elles comprennent. Remarquez, ici, pour la première fois, ils et elles partagent les mêmes chapeaux kinnauri. Quelle allure...

Après avoir aussi renoncé au Spiti pour des raisons de climat et de distance, on opte pour la vallée de Sangla. On choisit Chitkul comme dernière étape, un village à 3500 mètres. Mais, au moment de quitter Kalpa, un orage déboule, des trombes d'eau s'abattent en fin de journée, continuent la nuit et le lendemain matin on est cantonnés dans notre chambre. On en profite pour vous raconter tout ça et pour photographier les superbes lumières et brumes qui jouent avec le Kailash.

On arrive finalement à prendre la route. Les accalmies sont aussi soudaines que les perturbations. On se pose à Sangla sur les rives de la Baspa. Superbe vallée là aussi, entourée de sommets.

Chitkul n'est plus qu'à une petite trentaine de kilomètres, mais les intempéries continuent. Pluies diluviennes, accalmies, orages, neige, froid... tout y passe et on doit renoncer à s'y installer, les nuits sont glaciales là-haut sans chauffage dans les maisons. On saisit donc un jour de beau temps pour y aller à pied. Le spectacle est là qui se déroule le long de cette vallée fertile. Les perturbations météo ont l'avantage de déchaîner les lumières, les brumes de forêt, les nuages de sommets. Mais on est bien contents quand le soleil chauffe et quand l'air est sec. D'ailleurs on y retourne une deuxième fois, tant cette fin de vallée est irradiante. On est là à moins de trente kilomètres du Tibet, mais les frontières sont bien gardées. N'imaginez même pas...

De très vieux villages sont accessibles autour de Sangla. Beaucoup ont été engloutis dans la vallée à cause de la sorcière électricité. Quand on voit la splendeur de l'architecture des villages, leurs maisons de bois et de pierres aux façades et boiseries sculptées, on imagine l'allure que devaient avoir ces lieux avant le béton et le ciment. Une fois de plus.
Les temples hindous et bouddhistes sont pluri-centenaires mais bien vivants. Là, on peut se retrouver au milieu d'une assemblée villageoise, femmes d'un côté, hommes de l'autre et au milieu de grandes discussions et débats. Sans doute une sorte de conseil municipal.


Le Kinnaur est un verger, riche, réputé dans toute l'Inde pour ses pommes, ses amandes, ses abricots et Sangla y sera notre dernière étape. Les scènes champêtres sont si lumineuses que c'en est teriblement troublant. On a envie d'entrer dans l'image et d'appartenir à ce monde.

On y est bien, quelques rencontres très appréciables contribuent à nous retenir, à nous sevrer de la question rituelle : on va où après? Pour l'instant on profite encore du petit restaurant de Rhadica, une jeune femme népalaise d'origine tibétaine qui fait aussi bien la lessive que les momos dans sa petite cuisine. Elle fait d'ailleurs beaucoup d'autres choses, du matin au soir, sept jours sur sept.

Et la petite Jaya qu'elle a pris sous son aile l'aide de tout son coeur. On ne peut que lui demander de nous en raconter un peu plus. Les enfants des villages ont toujours été très curieux de nous, joyeux chenapans ou un peu trop tristes, en guenilles bien souvent.


On va partir avec des dettes envers nous-mêmes, des rendez-vous manqués, des comptes à régler, comme tout voyageur. Cela s'appelle Ladakh, Zanskar, Spiti... Plus celles qu'on avait avant... Tibet, Sichuan, Xingxiang, Amérique du Sud... On ne va pas énumérer la planète au moment du retour dans ce pays qui est le nôtre. On va tâcher de mettre un terme au parcours géographique en le revisitant autrement, depuis le fond de notre mémoire. C'est une méthode pour ne pas finir. Vous la connaissez aussi? Vous la connaissez. Mais il faut un peu de temps, on a la sensation que tout s'arrête en plein vol. Sentiment d'avoir oublié de fermer le gaz, de rentrer le vélo ou de loquer la porte du jardin... Déja en route, on a cet instinct irrepressible de croire qu'on y est encore. Stupides? Je vous en prie.
En attendant de retrouver les normandes, nos fidèles amies de balades...


ELLES s'éloignent de nous, s'éloigneront encore, mais elles nous laissent emporter tant d'images. On attend qu'elles se retournent encore une fois.

Oui, c'est bien possible...
Oui, il est bien possible que nous, "Américains de pacotille", tout juste bons à envoyer des satellites de communication et à coloniser de pauvres astres morts comme la Lune et Mars; ne soyions que de misérables "extraterrestres", étrangers à leur propre Terre, "vagabonds des limbes" faisant éternellement fausse route.
Maintenant que vous êtes "riches", apportez-nous un peu de leur Monde, un bruissement de leur Parole, pour nous réenchanter, et enrayer notre folle course vers...le rien.
Les pétroliers ont chié dans les Bayous et les Everglades, nous allons encore payer pour leurs saloperies...;
Chouette: Ya-un-nouvel-i-phone, plus cher et encore plus inutile que le précédent;
La Grèce s'effondre à la vitesse d'un supertanker, entraînant l'Espagne dans sa chute;
Le chef des cathos est toujours en poste, après avoir couvert des centaines d'actes pédophiles;
Les traders sont toujours en liberté, calculant ventre à terre, le meilleur algorithme pour nous baiser,
et Charles Pasqua n'ira pas en prison...On se prend à rêver parfois, qu'il y ait une justice divinement diabolique,
qui fasse le boulot, "façon puzzle", une bonne fois pour toutes...Pas demain la veille.
Hauts les coeurs, vous êtes dans le vrai, je vous aime.
Philou.
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